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villages de rapatriés: le poignant témoignage de TPMN

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Du 24 au 26 Avril 2014, une délégation de Touche pas à ma nationalité conduite par son coordinateur Abdoul Birane Wane a effectué une mission dans les camps du Brakna qui abritent les déportés de retour. En plus u coordinateur, étaient membres de cette délégation: Harouna Sidi Wélé, Dia Mamadou Jibril, Sow Abdoulaye dit Diouldé et N’gaidé Ibrahima. Compte rendu.

 

La mission concernait les camps de: Boynguel Thily, Houdallay, Dar Salam, Mourtongal, Wouro Amadou Hawa, Belel Ournguel, Goural. A ces camps s’ajoute Boghé où des réunions ont été tenues avec la jeunesse.

Dans les différents camps des assemblées ont été tenues et toujours en présence des chefs sites et des chefs religieux.

 

Nous avons noté 49 sites dans le Brakna où 1200 enfants ne sont pas parvenus à s’enrôler. Dans la région du Brakna, les villages des rapatriés ne bénéficient pas du programme EMEL. Les principaux problèmes qui se posent   dans l’ensemble des camps sont:

 

La question de l’enrôlement et les multiples problèmes qu’il pose
La question des terres occupées par des éléments hratins installés et soutenus par l’administration locale.
l’extrême pauvreté des couches vulnérables, à savoir les femmes;
La scolarisation des enfants;
Le problème de soins

 

Le premier problème qui se pose est celui de l’enrôlement pour des raisons différentes. Des enfants nés au Sénégal parfois dans des endroits éloignés des centres urbains n’ont jamais eu un acte de naissance Sénégalais, or ce document est exigé aux jeunes déportés candidats à l’enrôlement même si leur parents ont été déjà enrôlés. Cette situation amène les concernés à abandonner leurs études. Pour le village Boynguel Thily douze(12) familles restent encore au Sénégal faute de papiers ce qui les a exclus d’office de l’opération de rapatriement.

Pour l’ensemble du site, seulement 3 personnes ont bénéficié du programme d’insertion.Ils sont privés de leur espace vital car les terres autour ont été attribuées par les autorités à certains représentants de tribus. Un espace d’un kilomètre carré à 300 mètre du village, propriété du colonel Sidi Ely (1). Un autre périmètre se trouve à l’opposé de la propriété de Sidi Ely, ce qui fait que le village se retrouve dans un étau. Les deux propriétés, le village des maures et la principale route étouffent le site des réfugiés.

Comme les autres localités, Dar Salam est confronté à un problème de scolarisation des enfants. Pour le cycle secondaire, les élèves doivent se rendre à Boghé où parfois ils n’ont aucun lien familial. Les habitants sont également confrontés à un problème de soins, les femmes enceintes ne bénéficient d’aucun suivi.

 

 

Sur le plan scolaire, des classes existent mais le nombre d’enseignants est réduit, il s’agit de contractuels qui ne travaillent que par contrat.

 

Avec 3307 habitants Dar Salam est aussi confronté au problème d’enrôlement même si le chef du village reconnait qu’ils ont environ 70% des habitants enrôlés ce qui est un cas unique dans les camps du Brakna. Les enfants sont plus atteints par le problème de l’enrôlement. Au centre de Boghé où ils doivent s’enrôler ils sont marginalisés et sont confrontés au problème de déplacement. Des originaires de cette localités, des familles entières .

Mourtongal  est un de ces grands sites où une bonne partie des habitants reste privée de pièces d’état civil. Ils doivent se déplacer à Haéré Mbar pour se faire enrôler sans avoir la garantie d’être parmi les personnes sélectionnées, la priorité étant donnée aux habitants de la la localité par un chef de centre très contesté et réputé être extrémiste. C’est la localité qui à nos yeux est la plus marginalisée, de nombreux enfants ne parviennent pas à se scolariser. Aucune structure sanitaire.ères identifiées n’arrivent pas à être rapatriées en plus des familles non identifiées.

Mourtongal est à l’image des autres villages pris dans un étau, des villages hratins à l’Est et à l’Ouest installés lors des événements, un grand périmètre clôturé au Nord et la principale voie au Sud. Cette situation prive le village de Moutongal de son espace vital. Les villageois payent des taxes pour leurs animaux qui s’introduisent dans la zone clôturée pourtant vierge où ne poussent que des herbes. La complicité de l’administration locale est établie dans la mesure où c’est le préfet lui même qui fournit le grillage qui sert à étouffer les villages des rapatriés. Pour n’importe quel aménagement (jardins ou autres), les rapatriés doivent avoir l’aval des voisins hratins.

A Belel Ournguel, le problème de l’enrôlement se pose et il est en partie lié au retour volontaire dans les années 1990. Certains ont pu se faire recenser en 1998 mais leurs numéros ne figurent pas dans la base de données. C’est compliqué de se faire enrôler à Haéré Mbar avec la distance et surtout avec le problème de quota exigé par le chef de centre. Le village compte plus de 500 foyers.

En plus du problème lié à l’enrôlement, les rapatriés ne bénéficient pas d’une véritable insertion, c’est le cas de Houdallaye à environ 6 km de Boghé. Dans ce village, la majorité des enfants n’arrive pas à s’enrôler. Ceux parmi eux qui sont candidats aux différents examens (brevet, Baccalauréat, entrée en sixième) sont tenus de présenter un casier judiciaire, une pièce qu’ils ne peuvent aucunement avoir du moment qu’on leur signifie qu’ils sont nés à l’étranger. Pour le casier judiciaire, il faut se déplacer sur Nouakchott où il est également presque impossible de l’avoir.

Goural et Wouro Amadou Hawa se trouvent dans la même situation que les villages déjà cités. Problèmes liés à l’enrôlement, scolarisation des enfants des rapatriés, problème d’insertion

 

Par rapport à tous ces problèmes posés, nous recommandons:

 

L’enrôlement de tous les rapatriés dans un bref délai. Pour cela, l’agence nationale du registre et des titres sécurisés doit prendre des mesures destinées à faciliter cette opération comme l’ouverture de nouveaux centres ou le choix de certains jours de la semaine qui seront réservés uniquement aux rapatriés;
L’enrôlement automatique de tous les enfants dont les parents ont été déjà recensés ou qui disposent d’un VRF (formulaire de rapatriement volontaire) ;
Préparation du retour des déportés dont le profilage a déjà été fait par le HCR;
L’enrôlement des enfants de rapatriés candidats aux différents examens nationaux;
Cessation de l’occupation des espaces autour des sites des rapatriés;
Mise en place d’unités de santé pour des soins de base;
L’augmentation des effectifs d’enseignants et du nombre de classes;
Appui aux femmes très vulnérables.
Interdiction de toute forme de soumission des rapatriés à l’autorité des voisins maures ou hratins qui sont juste des citoyens comme eux;

 

Ce rapport s’appui sur le témoignage des rapatriés trouvés sur le terrain et  sur les revendications qu’ils ont formulées.

 

Touche pas à Ma Nationalité

 

Nouakchott, le 27 Avril 2014

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