Par Dia El Hadji Ibrahima.

 

Le premier est plutôt guerrier, arabe, issu de l’improbable tribu des Oulad Sbai que l’on retrouve du Haouz Tensift (Maroc) à Akjoujt (Centre Mauritanie) puis à Louga, Sénégal. En dix ans au pouvoir, il a su constituer un nouvel empire d’hommes d’affaires appartenant ou alliée de sa tribu. Selon certains observateurs anonymes, le favoritisme économique a toujours existé en Mauritanie mais il a atteint son paroxysme sous le règne du Président Aziz.

Le deuxième, tout aussi Général, sorti de l’Ecole de Meknés ( le Saint- Cyr africain), est de la tribu berbère des Ideyboussates. Tribu de grands connaisseurs religieux. Tribu de grands éleveurs. Tribu qui compte beaucoup de ressortissants en Angola et un peu partout en Afrique. Riches commerçants, peu habitués à fricoter avec le pouvoir, à l’inverse de leurs cousins Sbai, qui ont introduit le fusil en Mauritanie, les Ideyboussates ont toujours su compter sur leur subtilité à transformer toute occasion en or. Ils monopolisent aujourd’hui le marché informel local de devise et des transferts d’argent. Ils sont plus que déterminés à faire réussir leur candidat dès le premier tour.

Et d’ailleurs selon un vieux vendeur de chameaux, proche de la tribu, les Ideyboussates viennent de débloquer 3 milliards d’ouguiyas en faveur de leur candidat. Une démonstration de force diversement appréciée dans le camp du pouvoir. Pourtant, en dépit de leurs origines différentes, le marabout général et le guerrier général entretiennent une même idée de la Mauritanie. Une Mauritanie où le pauvre deviendra de plus en plus pauvre malgré l’importante réserve du sous sol en mine, pétrole et Gaz. Une même idée de la Mauritanie arabe malgré sa riche diversité culturelle. Leur conception de l’unité nationale repose sur l’usage exclusif de la langue arabe et le mythe fondateur d’une Mauritanie qui tire sa substance sur les deux Hodhs.

Les dix ans de pouvoir de Mohamed Aziz ont toutefois montré une certaine inconstance idéologique. On a d’abord vu au tout début un président réceptif des discours sur le passif humanitaire. Puis l’homme du sermon  du pardon prononcé le 25 mars 2009 à Kaédi s’est recroquevillé dans sa coquille et réduit sa conception du pays à une seule composante. Avec Ghazouani, verra-t-on le régime changer de visage ? Avec Ghazouani, verra-t-on des cadres noirs promus dans des postes stratégiques et représentatifs?  Avec Ghazouani, verra-t-on de projets structurants créateurs d’emplois durables et pas éphémères?

Avec Ghazouani, le pauvre Mauritanien se posera encore et encore beaucoup de questions. Avec Ghazouani, y aura-t-il de bonnes perspectives économiques pour une croissance inclusive où chaque Mauritanien sentira les dividendes de la société de gaz, de pêche, des hydrocarbures, du fer, de l’or, du cuivre et de phosphate?  Les avis sont mitigés. L’on sent plutôt la continuité du système vu que la communication du candidat au pouvoir se résume en trois choses: silence, boubou blanc et mosquée. A ce jour, le candidat n’a pas prononcé un discours fort ni sur la question brûlante de l’unité nationale  ni sur l’égalité des chances face au recrutement.  Les réseaux sociaux l’ont montré dans les mosquées, toujours en boubou blanc immaculé. Mais point de discours ni de posture à l’exception d’une furtive apparition lors de la dite marche des Haratines.

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