Home A la Une Mauritanie: Aziz et Ghazouani, une amitié à l’épreuve du pouvoir

Mauritanie: Aziz et Ghazouani, une amitié à l’épreuve du pouvoir

Ghazouani est originaire de l’Est, issu d’une famille maraboutique. Il a intégré l’armée le 15 octobre 1978, quelques mois après un certain Mohamed Abdel Aziz alors jeune  aspirant de 20 ans qu’il rencontrera quatre ans plus tard à l’Académie royale de Meknès et qui sera depuis lors le frère d’arme et le confident.

Les caractères des deux amis ( soit dit en passant, l’un se débrouille bien en  poular, l’autre parle couramment  wolof) sont pourtant antagonistes. L’un est direct dans la conversation. L’autre use de paraboles. Alors que le premier est directif, le second est suggestif, témoignage un officier d’active qui a eu à fréquenter les deux hommes. L’amitié développé depuis a rapproché les deux familles. Ould Gahzouani a assisté au baptême de tous les enfants du président Aziz (Badr, Ahmedou, Asma, Leïla, Hamza et Annajah). Ce dernier n’ignore rien de la scolarité de Vadel et Mohamed Lemine dans leurs études aux USA.

Les deux enfants d’Ould Ghazouani (Vadel et Mohamed Lemine) sont aussi ceux du président Mohamed Ould Abdel Aziz qui suivait régulièrement l’évolution de leurs soins et scolarité aux Etats-Unis d’Amérique. A partir du mois d’août 2009, Ould Ghazouani est à la tête du Conseil supérieur de la défense nationale, pièce maîtresse du dispositif d’Ould Abdel Aziz.

C’est ce discret officier qui se serait bien passé des premiers rôles tant sa conception académique de l’armée lui est chevillée au corps, qui avait assuré l’intérim du President Aziz blessé accidentellement par balles en octobre 2012 et évacué à Paris. Adapte du «leading from behind», il conduira cette période délicate d’une main de maître en recardant délicatement les communications approximatives du  ministre de la Communication de l’époque  et en tenant à bonne distance des politiques de tout bord adeptes des messes basses de minuit.

A l’inverse du président Aziz qui n’hésite pas à foncer sur l’obstacle, Ould Ghazouani est plutôt réfléchi,  préférant la neutralisation de l’ennemi par encerclement à l’attaque frontale. Les deux militaires se complètent bien dans leur élan nationaliste et arabisant. Fils de l’ensemble tribal Ideiboussat, originaire de l’Assaba, Ould Ghazouani était qualifié de stratège  à l’académie de Meknès. Son compagnon était loué par les marocains pour son sens de la tactique.  Ghazouani scrute les esprits, Aziz étudie le terrain.  Le premier est dans la perspective. Le second estime la perspective vaine sans la neutralisation de l’obstacle immédiat.

Promus lieutenant à la fin de leur formation, les deux amis ne tardent pas à gagner du galon. L’histoire montrera qu’à chaque fois que les événements se sont à accélérés, le distant Général Ghazouani était absent et Aziz à la manoeuvre.

Ainsi, le 8 juin 2003 alors que les cavaliers du changement fonçaient sur Nouakchott, le tout nouveau commandant du bataillon blindé ( le fameux BB) était en… Jordanie. Des officiers dont Ould Abdel Aziz ( qui sera promu dès lors à la tête du BASEP, le bataillon présidentiel) parviendront à rétablir la situation alors que les putschistes marchaient sur le palais présidentiel. Promu colonel en charge du B2, le fameux renseignement militaire, Ghazouani  participe au coup d’Etat du 3 août 2005 qui met fin au régne de Taya, en surveillant les transmissions pendant que son fougueux ami, neutralisait état majors et brigages.

Promu à la tête de la DGSN ( Direction Générale de Sûreté Nationale), Ghazouani  supervise la transition en numéro trois, évitant les politiques et les laudateurs et fuyant les journalistes, une caste qu’il connaît mal. Sous l’éphémère régne de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, le «grand muet» est promu Général. C’était  le 1er juillet 2008, soit 35 jours avant la fermeture de la parenthèse de l’éphémère “président démocratiquement élu”, avec l’aide de l’armée pourrait-on ajouter.

En 2008 toujours,  voilà Ghazouani chef d’Etat major de l’armée. Sa réputation de l’homme qui n’est jamais là quand il y a le feu est encore confirmé lors du coup d’Etat rocambolesque du 6 août 2008 qui verra en l’espace de quelques heures la fin de la période Sidoca. Le Général était alors en tournée à l’intérieur. Mais pas Aziz qui conduira les manœuvres sans effusion de sang dans une mémorable course contre la montre.

L’ascendance maraboutique a  fait de Ghazouani  un négociateur hors pair prédestiné  aux tournées Internationales destinées à expliquer les raisons du putsch. À Alger, il parvient à obtenir l’écoute du President Bouteflikha hostile au coup d’Etat. A Paris, son port altier et son esprit de conversation fait chavirer l’Elysée et le Matignon. La cellule africaine de l’Elysée tombe en pâmoison. Tout Paris a pour Ghazouani les yeux de Rodrigue  pour Chimène.

Le 18 juillet 2009, Aziz est élu avec une majorité confortable dans une élection boycottée par une partie de l’opposition. Désormais légitimé par les urnes, le président peut se consacrer à ce qui lui tenait  à coeur: le rétablissement de la sécurité et la lutte contre le terrorisme. Là aussi, El Ghazouani, adepte du renseignement, préférera la mise en branle d’une mutualisation des moyens de renseignements avec les alliés. Le président Aziz, en tacticien  préférera  une guerre frontale. En juillet 2011, il surprend le quai d’Orsay en exerçant le droit de poursuite jusque dans la forêt de Wagadou, neutralisant de dangereux groupes terroristes. Faut-il le préciser, les renseignements précieux, le plan de l’attaque et l’opération de reconnaissance portaient l’empreinte de Ghazouani.

La différence de caractère entre les deux hommes est à prendre en compte dans toute analyse de la Mauritanie de l’après 22 juin. Si Ghazouani réussi à passer (aidé en cela par une opposition morcelée), l’on assistera à un renversement de rôles. L’esprit de la prospective succédera à la tactique.   L’opposition que le président Aziz roule depuis les accords de Dakar sera-t-il plus chanceuse avec Ghazouani?  Wait and see.

 

 

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