Étant une des branches du hip hop regroupant la danse break, le graffiti et autres, le rap est apparu en Mauritanie au milieu des années 1990. C’est au fil des années que le mouvement hip hop s’impose un peu partout dans le pays. Mais Nouakchott reste la ville de floraison du Rap ainsi que le nid des principaux rappeurs et groupes de rap.

En 2004, le hip hop commence à se professionnaliser avec l’apparition des premiers studios d’enregistrement et des ingénieurs de sons. L’évolution de la technologie permet aux rappeurs mauritaniens de prendre conscience pour améliorer leur flow ainsi que le fond et la forme de leurs textes. Mais, c’est à partir des années 2007-2008, avec les premiers albums de la rue publik ( incontestablement ), d’Ewlad Lebad (Adatne), Military Undergroung (au secours), Diam Min Tekki (gonga), que le rap a commencé à intéresser et à gagner la sympathie de la jeunesse mauritanienne en manque de loisirs et d’occupations, notamment avec la naissance de la première édition du festival Assalamalekoum. Ainsi le mouvement se dessine une belle trajectoire. et s’exprime en Poular, Wolof, Hassanya…

Les premiers rappeurs sont plus considérés comme des amuseurs que comme des véhiculeurs de messages, en raison du free-style basé sur les louanges de la personne et de rimes. Men Posy, Erneste Thié, African prodige, Dore Mifa, TD4, Md Max, Rimk Tidre, Lucky’o, Afro, sont les quelques précurseurs du rap en Mauritanie.

Le rap féminin en Mauritanie

Toutes les générations de rappeurs ont connu des filles ou femmes de talents. Ainsi Sister Kelly du groupe Black Muslim fut la première rappeuse qui s’imposa sur la scène mauritanienne en  1992. Sister Feuz s’est démarquée dans les années 2000, avant de voir un peu plus tard, le premier groupe de filles,  «les Filles du Bled», composé de Mélé, Khady et Fatim qui est décédée en 2013 suite à une longue maladie. Toutes ces jeunes dames disparaîtront de la scène rattrapées par le poids d’une société foncièrement conservatrice et  laissant derrière elles un succès éphémère.

Selon certaines personnes, les filles n’ont pas d’avenir dans le rap et pour d’autres, le rap est trop “hard” pour qu’elles puissent s’imposer vu que le rap mauritanien est un engagement politique. La question est de savoir est ce que les femmes parviendraient à s’engager au même titre que les hommes ?

Le rap est un perpétuel combat pour faire valoir la liberté et la fraternité. Il possède une réelle fonction sociale, car il a permis d’éveiller les  jeunes et de susciter en eux l’esprit de créativité.  Le rap est un facteur de développement du moment où il permet à la jeunesse d’entretenir quelque chose qui pourrait devenir dans le futur une consécration. Tous les groupes de rap apportent quelque chose de différents. Ainsi les Ewlad Leblad ont été les premiers à avoir su créer un public métissé, en chantant évidemment en hassanya (permettant au rap mauritanien de s’ouvrir aux arabisants), en Wolof, en Poular  et en Soninké.

Le message que certains rappeurs font passer est un appel aux hommes , à vivre dans la fraternité, quelque soit leurs croyances, leur race, leur ethnie, leur religion… le morceau d’Adviser «noir et blanc» en est un exemple. D’autres lancent un message qui demande à la jeunesse mauritanienne de prendre ses responsabilités pour changer la donne et de ne jamais baisser les bras.

L’engagement des rappeurs mauritaniens s’étend sur différents domaines : Ils s’engagent d’abord pour la survie du rap en Mauritanie. Ensuite pour dénoncer les problèmes, les difficultés que rencontre la population au quotidien. Et bien sûr dénoncer la situation politique du pays, comme le montre le groupe Ewlad Leblad dans leurs différentes chansons comme «GUEYEME» demandant au président de quitter le pouvoir. Les rappeurs mauritaniens comme Yero (Minen Teye), Ewlad Leblad… ont bien récolté les fruits de leur engagement que ce soit politique ou social.

Malgré l’avancement du mouvement hip hop, le rap connait encore des difficultés. Le rap est mal vu en Mauritanie, il n’est pas du tout reconnu en tant qu’art urbain au niveau du ministère de la culture et il n’est pas non plus représenté dans les médias publics hormis certains rappeurs qui font les éloges des politiques. Il existe toujours un manque de moyen de médiatisation pour la pro-motion des rappeurs, la production d’un album qui est trop coûteuse, le piratage abusif qui reste impuni vu qu’il n’y a pas de juridiction pour protéger le droit d’auteur. A cela, s’ajouter des piques que se lancent certains artistes. Ainsi va le rap en Mauritanie.

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