L’ONG Gret met en lumière une innovation technique développée en Mauritanie et au Sénégal avec l’aide de son partenaire, l’Iset (Institut supérieur d’enseignement technologique) de Rosso. Un site Internet dédié, plusieurs vidéos de témoignages et des tutoriels permettent de retracer les différentes étapes pour parvenir à transformer un roseau invasif en biocombustible renouvelable.

Depuis l’installation des barrages de Diama et Manantali dans les années 80 sur le fleuve Sénégal, le typha australis, roseau invasif à croissance rapide, colonise les rives du fleuve, les bassins et les axes hydrauliques. Cette plante étouffe la biodiversité et a des impacts importants sur la population, car elle la prive d’accès au cours d’eau et à ses ressources. Les secteurs de l’agriculture, l’élevage et la pêche en sont très fortement affectés. On note également une recrudescence des maladies liées à l’eau stagnante – bilharziose, paludisme, etc. À ce jour, aucun programme local, national ou international n’a réussi à endiguer sa prolifération.

Une alternative au charbon de bois

Face à cette situation, le Gret et ses partenaires l’Iset et le Parc national du Diawling (PND) travaillent depuis 2011 à la valorisation du typha en biocombustible propre et durable, afin de restaurer l’accès aux ressources aquatiques sur les berges du fleuve Sénégal, mais aussi d’améliorer l’autonomie énergétique des populations et de réduire la déforestation. 

Des recherches ont ainsi permis d’aboutir à un processus de fabrication d’une ressource performante – solide, avec un pouvoir calorifique intéressant et peu de fumée à l’utilisation – et à un coût compétitif par rapport au charbon de bois. Pour ce faire, le roseau typha est coupé, séché, carbonisé puis compressé en briquettes qui peuvent ensuite être utilisées pour la cuisine. Plusieurs unités artisanales de production de ce biocombustible ont été mises en place en Mauritanie puis au Sénégal par un transfert de compétences Sud-Sud. Ces unités sont principalement tenues par des coopératives féminines dans des villages à proximité de points d’eau envahis par le typha. Elles permettent la coupe de typha sur certains sites, un approvisionnement local en bio-combustible alternatif à l’utilisation de bois-énergie, ainsi qu’un revenu additionnel pour ces « charbonnières ».

Des témoignages vidéo pour transmettre les bonnes pratiques

Réalisé à partir d’un travail de capitalisation vidéo mené en Mauritanie, « L’odyssée du typha » revient, au travers de témoignages, sur cette expérience et rend compte du chemin parcouru, montrant tout aussi bien les réussites ou les défis qui restent à relever – comme par exemple les aspects liés à la commercialisation des produits. Les vidéos, disponibles sur le site www.typha.org, facilitent le partage d’expérience entre les « pionnières » – les entreprises mauritaniennes – et leurs homologues sénégalaises.

Les efforts engagés pour valoriser le typha en biomasse énergie n’ont pas encore permis d’endiguer la progression de la plante invasive. Pour autant, d’autres pistes pour une exploitation à plus large échelle sont d’ores et déjà en cours d’exploration, comme la transformation du typha en matériaux de construction.

Le Gret souhaite poursuivre son action pour développer cette innovation, avec l’appui de nouveaux partenaires.

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