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De l’usage du « nègre de service » , au propre et au figuré

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Une expression refleurit actuellement dans les salons et les réseaux sociaux. Il s’agit du  «nègre de service», qualification  péjorative qui vient sans doute de la littérature américaine et, précisément, de «La case de «l’oncle Tom » de Harriet Beecher Stowe.

Dans ce best-seller paru en 1852, un esclave noir docile à son maître et à la tyrannie de sa condition sera vendu comme une vulgaire bête en dépit de sa soumission. Est-ce là donc,  dans «la soumission à sa condition», qui’il faut trouver  la définition du “nègre de service” ?  La vieille qualification a resurgi des méandres de l’histoire américaine au début des années 60 quand Malcom X, partisan de l’émancipation des noirs par la violence légitime, traita son rival, Martin Luther King, alors Prix Nobel de la Paix, d’Oncle Tom.

En Mauritanie, l’Oncle Tom, qui s’est momentanément appelé « Zoulou » ou « Venant de France » dans les années 90, du temps du PRDS, s’est transformé en «nègre de service». Seul hic, bien malin celui qui apportera la bonne définition à cette expression qui renvoie à une division de la société entre «bons » et «mauvais nègres».Ou encore entre «nègres des champs»  et «nègres de la maison».

L’usage de l’expression traduit surtout une sorte de refus de débat et l’absence d’arguments dans un espace public mauritanien où le déterminisme induit par l’origine, la race, la région, empêche tout débat d’idées.  Au final, les accusations de “nègre de service” contribuent en réalité à la dispersion des forces,  à la division des défavorisés et au maintien du statu quo au sommet de l’ État.

Doit-on traiter  un fonctionnaire honnête qui a réussi son ascension dans les hautes sphères de l’ État par son érudition,  son sérieux, de « nègre de service » au seul prétexte qu’il travaille pour ledit Etat ? Dans la même veine, doit-on estimer   que tout internaute postant des messages incendiaires sur Facebook et Whatsapp est un combattant de la liberté ?

Il nous semble qu’un Kane Hamidou Baba (KHB), qu’un Ibrahima Moktar Sarr, qu’un  Lô Gourmo et même un Ba Bocar souleye, autrefois irréductibles concurrents,  réclament tous aujourd’hui  une meilleure représentativité de toutes  les communautés mauritaniennes dans une nation arc-en-ciel  que l’on attend depuis 1958.

Il serait naïf de considérer tous ces cadres méritants qui ne  bénéficient ni de bras long,  ni de faveurs,  comme des soutiens à leur propre exclusion. Comme il serait tout  autant illusoire de croire que le meilleur chemin pour changer  la Mauritanie en 2020 c’est de se diviser entre «nègres de services» et «nègres marrons ».

La meilleure manière de faire triompher la Mauritanie plurielle est d’abord d’accepter, parfois contre soit même, la pluralité des opinions, des points de vue, des positions et des postures.Le défi du progressiste  en Mauritanie est de lutter pour la démocratie sans renoncer à ses principes, à savoir le respect des différences et la conviction que la pluralité des points de vue participent de  la démocratie.

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