L’ancien premier ministre de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya reste droit dans ses bottes. Sidi Ould Mohamed  Boubacar estime que toutes les correspondances de l’administration mauritanienne  doivent se faire en arabe, langue officielle consacrée par la constitution. Comme si celle-ci , rédigée dans son substrat durant les années de plomb, sous  des conditions peu démocratiques, est immuable.

A l’annonce de cette déclaration par le site Alakhbar, nombreux sont ceux, candides, qui ont cru à une manipulation des services. Mais quand les sources proches du candidat par procuration des islamistes évoquent une «erreur de traduction» pour apporter plus tard des précisions, le doute n’était plus permis. Ould Boubacar rejette les langues de la Mauritanie non arabe, dans  statut précaire et à géométrie variable  de «langues nationales». La hiérarchisation est bien claire . Il y a l’arabe,  langue du paradis,  et les autres, langues mineures.

Est ce ainsi que le candidat créé de toutes pièces il y a quelques semaines voit la Mauritanie, exclusivement arabe à ses yeux ? Est-ce de cette manière que ce candidat sorti du chapeau comme par miracle entend réformer la Mauritanie en sanctifiant une langue arabe dont la Mauritanité est, tout comme la langue française, le produit de l’histoire, des conquêtes, de la domination et de l’asservissement ?

Il est tout à fait acceptable et normal que beaucoup de mauritaniens se reconnaissent dans cette langue.  Mais faudrait-il punir  tous ceux qui n’ont pas eu “l’extraordinaire chance” de ne pas naître arabe de parler une autre langue ? Le français tout comme l’arabe est une langue  étrangère aux négro-africains mais faisant partie de leur histoire douloureuse de peuple conquis au fer rouge et soumis à la culture de l’autre. A cette différence près que l’usage de la langue de Molière  rapproche ces nègro-mauritaniens  d’un ensemble ouest-africain dans lequel ils se reconnaissent, se projettent  et, n’en déplaise  aux nationalistes étroits, constitue leur espace naturel. Le sénégalais, malien et nigérien est plus proche du nègro-mauritanien qu’un émirati ou saoudien. Si l’appartenance à une même religion était une raison suffisante pour vivre dans la paix et la concorde, alors il n’y aurait jamais eu d’événements 89, encore moins le drame du Darfour.   Le socle de l’unité nationale mauritanienne doit se fonder sur le respect absolu de la diversité.   La Mauritanie prospère  sera plurielle ou pas. .

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